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Le portrait caché de Charles-Pierre de Fleurieu.
Il est assez difficile de cerner un
personnage aussi riche et complexe dans sa façon d'être.
Les
principales sources sont très élogieuses et souvent fortement subjectives.
Elles sont
par contre toutes concordantes sur les traits de caractère de Charles-Pierre.
Essayons
d'établir un portrait le plus objectif possible.
Louis XVI disait que "la probité et les
lumières de Charles-Pierre de Fleurieu étaient reconnues".
C'est ce qui définit le mieux Charles Pierre de Fleurieu.
Sa maturité est venue très tôt, et ses études avancent vite. Jeune, il fait des
commentaires d'une pertinence remarquable pour son âge. Et il n'a jamais cessé
d'avoir cette vivacité d'esprit, même à la fin de sa vie. Son discours était
habile, élégant, fin et imprégné d'érudition et sa conversation était dit on
"douce et spirituelle". Il séduit facilement ses interlocuteurs par ce style à
la fois simple, et érudit.
Ses
centres d'intérêts
Il s'intéresse à tout, à la marine en générale, mais aussi à la mécanique, à
l'hydrologie, l'astronomie, à la littérature, aux langues, l'Histoire, la Géographie bien
sûr, aux travaux manuels en général, et même à la couture!.[1]
C'est un homme avant tout passionné, d'une curiosité et d'une soif de
connaissance intarissable.
Il avait également une mémoire hors normes, il parlait 6 langues dit on à
la perfection.
Son caractère
Sa gentillesse et sa probité inspiraient confiance. Plein d'altruisme, il était toujours prêt à conseiller ses amis quand ils lui demandaient de l'aide.
Il était très perfectionniste et ne laissais jamais rien au hasard..[2] Il était calme, prudent, consciencieux et plein de correction, de discrétion et de réserve. Ces qualités étaient dit-on poussées à l'excès.[3] Cet excès était son véritable défaut. Il était donc très timide, trop doux et trop gentil.
"Bien qu'il travaillait beaucoup, il avait une vie saine, et
presque aucune infirmité physique.
Malgré tout ses travaux, il était dit-on "bon parent, tendre époux, excellent
père".
Eusèbe Salverte
Son sens du devoir et des priorités
Il est prêt à tout sacrifier pour la science, et l'argent ne compte pas pour
lui, sinon pour financer ses ouvrages. Ainsi il eut beaucoup de soucis
financiers.
C'était un homme entier qui préférait encore
démissionner quand il ne pouvait plus donner le meilleur de lui même.
Cette neutralité donnait une grande confiance aux hommes politiques et il était
beaucoup demandé.
Il acceptait volontiers toutes les fonctions seulement quand il se sentait
capable, et s'y engageait complètement, bien que cela
retardait ses ouvrages.
"Toutes les fois que
les hommes chargés du gouvernement sentirent le besoin de le consulter, ils
trouvèrent en lui une complaisance et un zèle , dont la promptitude et le
désintéressement ne pouvaient être égalés que par l'étendue de ses lumières".
Eusèbe Salverte
Il était donc avant tout un scientifique désintéressé plus qu'un homme politique, voilà pourquoi il n'a pas hésité à apporter son savoir quelque soit le régime. Il n'était, malgré l'importance de ses fonctions, pas motivé par une gloire personnelle, mais par un réel -- les ambitieux diront "naïf" -- désir de servir son pays, sans grande soif de reconnaissance. Son entourage, son comportement, et les différents contemporains de Charles-Pierre ne laissent pas de doute sur ce point.
Dans Voyage autour du monde, par Etienne Marchand, qu'il venait de publier, le chevalier de Fleurieu y joignit les vers suivants adressés à sa femme:
L'ambition ne fait pas la loi.
Que, pour vivre à jamais au Temple de Mémoire
On aille chercher loin la richesse ou la gloire.
J'ai trouvé le bonheur chez moi.
Charles-Pierre nous donne ici en quelque sorte une explication à sa volonté de servir discrètement son pays. Ne cherchant le bonheur dans la gloire et l'ambition, il l'a trouvé simplement chez lui.
Témoignages de souverains...
Pour mieux cerner la personnalité de Charles pierre de Fleurieu et pour vous démontrer que sa probité était parfois poussée à l'excès. Voici ce que Louis XVI disait de lui avant de le nommer gouverneur du Dauphin:
Propos rapportés par Antoine François Bertrand de Moleville
"M. de Fleurieu nous conviendrait assez; c'est un très honnête homme, sur l'attachement duquel je puis compter, et qui d'ailleurs est fort instruit ; il n'a contre lui que sa timidité et sa trop grande douceur. "
Louis XVI
Et
voici ce que les Bonaparte pensaient de lui.
C'est un dialogue qui se déroule à la Malmaison entre Napoléon , Hortense de
Beauharnais et Élisa (princesse de Lucques et de Piombino, soeur de Napoléon).
Dans ce dialogue, ils passent au crible toute la liste des hauts-fonctionnaires
de l'Empire.
Voici venu le tour de Charles-Pierre.
Propos rapportés par Étienne Léon Lamothe.
"ÉLISA. — Intendant
général de la maison * : M. Claret de Fleurieu ...Quant à celui-ci, Sire et
frère, je le connais, et à mon tour, je vous le donne pour un modèle parfait de
retenue, d'équité, de prudence et de circonspection. Il est capable de
recommencer un compte de dix mille chiffres, s'il y a découvert une erreur d'un
centime. Sa discrétion est poussée à l'excès, aussi est-ce avec une contrainte
visible et une épouvante unique de sa témérité, qu'il ose faire à l'ami intime
qu'il rencontre, cette question inconsidérée : Mon cher, comment te portes-tu ?
A ces mots, il y eut un rire général, puis Napoléon, prenant la parole :
Elisa Bonaparte
NAPOLÉON. — Voyez
l'injustice humaine, nous nous moquons d'une qualité précieuse; ne vaut-il pas
mieux que cet homme redoute toute phrase indiscrète, que d'avoir la certitude
qu'il ira légèrement rapporter au premier venu ce que peut- être nous voudrions
cacher à nous-mêmes ; je suis charmé que M. de Fleurieu possède une qualité
pareille."
Napoléon
Sa vie Privée:
A gauche Charles-Pierre, à Droite Aglaé
Les précisions sur sa vie privée nous
sont rapportés par son amie la comtesse de Genlis, dans ses mémoires:
Il y a eu dans la vie de M. de
Fleurieu une singularité remarquable : il a été successivement amoureux de trois
femmes formant trois générations ; d'abord, dans sa première jeunesse, d'une
personne beaucoup plus âgée que lui ; ensuite de sa fille, qui épousa M. de
Mondorge (oncle de M. de Fleurieu).
Cette passion fut très malheureuse.
Madame de Mondorge, devenue veuve, se remaria à M. le marquis
d'Arcamballe
; elle eut une fille que vit naître M. de Fleurieu
(Aglaé-Françoise Deslacs d'Arcambal).
Aussitôt
qu'elle eut atteint l'âge où l'on peut être mariée, M. de Fleurieu en devint
amoureux, et l'épousa. C'est une constance de filiation dont je ne connais pas
d'autre exemple.
La Comtesse de Genlis
La comtesse de Genlis.
En conclusion, je dirais que la plus grande preuve d'humilité de Charles -Pierre, est de n'avoir pas préparé sa vie historique. En effet, tous les hommes qui cherchaient la célébrité dans la postérité, ont pris en général toutes leurs dispositions pour demeurer dans l'Histoire. Charles- Pierre aucune. Et j'ajouterais que si Charles - Pierre est au Panthéon et qu'il a "bénéficié" de funérailles nationales, ça n'est pas de son fait. C'est Napoléon lui même qui l'a désiré. Par ailleurs, Charles - Pierre n'aurait sûrement pas supporté de son vivant de savoir qu'il allait avoir de tels honneurs.
Avant sa mort, il a fait faire un portrait, mais celui-ci n'a pas été diffusé[4], aucune gravure n'a été faite non plus à ma connaissance. Ce désir de ne pas faire parler de lui et de ne pas chercher la célébrité de son vivant doit, je pense, être dépassé. Car cet homme, indépendamment du fait qu'il était de ma famille, mériterait d'être évoqué et étudié pour servir l'Histoire.
Notes:
[1]
"Si Maurepas aimait à rire, le comte de Fleurieu, ministre de la marine sous
Louis XVI, aimait coudre; et un soir que madame de Genlis était fort arriérée
dans sa toilette, il l'aida à faire une robe, et se chargea du plus difficile."
Mémoires de Madame la Comtesse de Genlis.
[2]
"Ne laissait jamais rien au hasars" :
Le catalogue complet qu'il fait de sa bibliothèque, en fait foi.
La liste été publiée:
Catalogue des livres de la bibliothèque de M. *** (Claret de Fleurieu ) , rédigé
par M. Mauger. Paris,
Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. le comte C. P. Claret de
Fleurieu. Paris, Ta. Leclerc, 1810, in-8
[3]
Jusqu'a l'excès: LEON GUERIN, dans son "histoire Maritime de la France" est
assez dur à ce sujet:
"C'était un excellent organisateur, un grand théoricien, un marin savant, un
géographe et un hydrographe de premier ordre; un esprit droit, équitable,
judicieux, très-éclairé, mais timide et modeste jusqu'à manquer de décision ; un
caractère pur jusqu'à la candeur, bienveillant jusqu'à la faiblesse. On peut
inférer de ce portrait précis, mais vrai, que ce n'était pas l'homme qui
convenait à une époque de violente révolution.
*Il eut se poste en juillet 1804, ce qui donne une date pour le dialogue.
[4] La raison principale à ce fait, est que le portrait est resté dans la salle à manger de l'ancien hôtel des Fleurieu, 18 rue Traitbout, et que celui-ci n'a été déplacé qu'au XX ème siècle. Il a également été montré à l'exposition au musée de la marine, au sujet de La Pérouse (2008). Voir l'hôtel des Fleurieu rue Traitbout.
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