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 Cette véritable autobiographie datée du 27 Septembre 1794 -- 6 vendémiaire an III, fut  écrite par Charles-Pierre afin d’obtenir sa libération. Il fut précédé d'un appel en sa faveur de la part du comité d'instruction publique.  Le but de ce mémoire explique les quelques  mensonges présents dans le discours, et le ton est pompeux et cocardier.

On ne reconnaît pas le style de Fleurieu car  Charles-Pierre est modeste. Mais il s'agissait non seulement de convaincre les révolutionnaires de sa bonne foi, mais aussi de se remettre à sa digne place. Celle ci a, on le sait,  été humiliée et piétinée injustement par la république.

Piétinée à juste titre, car Il est vrai que « la République n’avait pas besoin de savant » (dixit le bourreau du scientifique Lavoisier).

Il sera libéré une semaine après, le 22 vendémiaire de l'an III donc trois mois après la chute de l'incorruptible.             

 

En marge de ce document il est écrit En marge est écrit :
"Arrêté le 22 vendémiaire (13 octobre 1794) qu'il sera écrit au comité de sûreté générale pour prendre connaissance de l'affaire du citoyen Fleurieu, et le mettre en réquisition s'il y a lieu. "
 

 


 

  

 

PÉTITION
DU CITOYEN
CLARET DE FLEURIEU,

 

 


Détenu dans la maison d'arrêt de la section des Piques, pour obtenir son élargissement
[1].
Le 6 vendémiaire an III, de la république française, une et indivisible).


            Le citoyen Fleurieu est entré dans la carrière des sciences dans un âge où la plupart des hommes ignorent encore de quelle utilité elles peuvent être pour la pairie. Nommé à l'âge de seize ans garde de la marine, à peine eut-il assisté quelques mois aux écoles destinées pour ces jeunes gens que le commandant de sa compagnie , jugeant qu'il emploierait plus utilement son temps dans son cabinet , le dispensa de venir aux écoles. Il mit à profit cette liberté pour augmenter ses connaissances mathématiques et les employer utilement aux objets relatifs à la marine, en même temps qu'il continuait à se livrer à son goût pour la littérature et les beaux-arts et qu'il étudiait les langues étrangères.

 

A l'âge de vingt ans, il fut reçu membre d'une académie. La guerre de 1756, pendant  laquelle il fut constamment à la mer et assista à plusieurs combats, ne suspendant point ses travaux ordinaires. Il y consacra tous les moments dont son service et ses devoirs lui permettaient de disposer sur les vaisseaux, soit pendant la navigation, soit dans les séjours en rade.

 


            En 1764, la découverte importante qui avait été faite en Angleterre, d'un moyen de déterminer les longitudes à la mer par le secours d'une horloge marine, excita son zèle et ses efforts.
L'utilité de la solution du fameux problème des longitudes était trop connue de toutes les nations maritimes pour n'être pas sentie d'un marin. Il s'occupa des moyens qui pourraient en faire jouir sa patrie, et fît à ce sujet de nombreuses recherches qu'il déposa dans un Mémoire qu'il crut devoir adresser au gouvernement. Sur le rapport qui fut fait de ce mémoire par l'académie des sciences, à l'examen de laquelle il avait été soumis, le gouvernement l'appela à Paris, à la fin de 1765, et le destina dès lors à être chargé de l'épreuve qui devait se faire des horloges marines que le citoyen Ferdinand Berthoud avait inventées et qu'il exécutait pour le service de la France. Le temps qu'exigea l'achèvement de ces machines ne permit pas de s'occuper de leur épreuve avant 1768.

 


            Pour mettre le temps à profit et acquérir des connaissances pratiques relatives à la commission dont il devait être chargé, il fit, avec l'agrément du gouvernement
.[2], un cours d'horlogerie, sous la direction du citoyen Ferdinand Berlhoud , et exécuta en entier, de sa main, une horloge astronomique qu'il employa dans son voyage.
            Il lui fut donné le commandement d'une frégate pour remplir cet objet; et il fut chargé de celle commission importante dans un âge et dans un grade où aucun officier ne pouvait prétendre à un commandement. Les horloges marines eurent un succès fort supérieur à celui que l'on avait garanti et à ce que l'Angleterre a voit obtenu des siennes.


            Le citoyen Fleurieu ne crut pas devoir borner les opérations de sa campagne, qui fut de quinze mois, à une simple épreuve des horloges , c'est-à-dire à connaître seulement quel degré d'exactitude on pourrait attendre de ces machines pour guider le navigateur; il s'occupa en même temps à en étendre l'usage, et il prouva que si elles sont infiniment utiles pour diriger avec sûreté la route des vaisseaux , elles le sont également pour perfectionner la géographie et déterminer, avec une précision étonnante, la position des îles , des caps , des dangers et de tous les objets dont la détermination précise intéresse si essentiellement la navigation. On peut dire que si l'Angleterre a eu le vain honneur de faire éprouver la première horloge marine, la France a eu l'honneur plus solide, plus utile, d'en faire le premier usage pour perfectionner la géographie.


Le citoyen Fleurieu profila de son séjour au Cap-Français de Saint-Domingue, en 1769, pour y faire l'observation du passage de Vénus devant le disque du soleil ; cl son nom est inscrit honorablement avec celui des astronomes célèbres, envoyés dans les différentes parties du monde pour y faire celle observation, qui devait décider une question importante en astronomie.    

 

            En 1772, il publia la relation de son voyage en 2 gros vol. in-4" , avec 4 cartes marines. Il ne se borna pas à rendre compte de toutes les opérations relatives à l'épreuve des horloges; il y joignit le détail de toutes les observations astronomiques et de tous les calculs auxquels il s'était livré pour rectifier les cartes de l’Océan Atlantique ; et, jaloux de multiplier ce nouveau moyen de perfectionner la description du globe terrestre , il a donné , à la suite de son Journal , les méthodes qu'il a pratiquées , afin que les navigateurs qui voudraient s'engager dans la même carrière ne fussent pas rebutés par la difficulté de trouver les moyens et n'eussent qu'à les mettre en pratique.
            Il a eu la satisfaction de voir ses moyens employés utilement par les Français, les Anglais , les Danois , et les uns et les autres se sont empressés de lui en faire honneur. Toutes les cartes de l'Océan Atlantique ont été réformées d'après celles que le citoyen Fleurieu avait dressées et publiées.
            En 1776, le gouvernement créa pour lui la place de directeur des ports et arsenaux, qu'il a occupée pendant quinze ans. Chargé, lui seul, de la direction de tous les travaux et approvisionnements de la marine, des places de campagne, de la correspondance avec les généraux, etc., il a suffi à tout, el si l'on se rappelle qu'à l'époque de la dernière guerre, la France n'avait pas dix vaisseaux en étal d'être armés pour des voyages hors des mers d'Europe, on ne peut pas oublier que. dès avant 1779 , la marine de Fronce attaquait celle d'Angleterre
dans les quatre parties du monde , el c'est la première époque de son histoire où elle ail été offensive partout à la fois, el partout victorieuse.
Aussitôt que le calme de la paix lui permit de disposer de quelques moments , il sut allier aux travaux ordinaires de sa place ceux que son goût pour les sciences ne lui permettait pas d'abandonner.

 

      En 1785, il fut chargé de tracer le plan du voyage de La Pérouse, d'en dresser les instructions et de rassembler toutes les remarques et observations qui pouvaient rendre celte expédition utile sous tous les rapports.

Lorsqu'il fui nommé au ministère de la marine, en 1790, il était occupé de l'impression d'un ouvrage national en 1 vol. in- V (avec douze cartes marines), par lequel il a fait restituer par les Anglais des découvertes maritimes appartenant à la nation française. Cet ouvrage, qui a exigé des recherches très considérables el qui présente le tableau le plus complet de la navigation des Européens dans cette partie du monde a été traduit en Angleterre aussitôt qu'il a paru; les Anglais, en reconnaissant la légitimité de la réclamation de l'auteur français, ont été forcés de renoncer aux découvertes auxquelles ils prétendaient : elles appartiennes aujourd'hui à la France par un droit qu'il a su rendre incontestable.

Il ose se flatter que la plus scrupuleuse exactitude, tant dans la prompte exécution des décrets que dans toute l'administration de son département a caractérisé son ministère, et depuis trois ans et demi que sa santé le força a se démettre de sa place [3] , aucune dénonciation , aucune plainte, aucune réclamation n'a paru contre lui.

 

Le mauvais état de sa santé, qu'avait affaiblie une longue suite de travaux et qui ne pouvait plus seconder son zèle dans l'activité d'un ministère, ne l'empêcha pas de se livrer dans sa retraite à ses occupations favorites. (Il devait avoir une
place à l'Académie des sciences lorsqu'elle fut supprimée).
            Il se chargea de dresser les instructions pour le voyage du comte d'Entrecasteaux, destiné à la recherche de La Pérouse, de mettre en ordre le journal de cet infortuné navigateur et d'en surveiller l'impression

 

     Enfin, quand il fut mis en arrestation pour la première fois [4], il y a près d'un an, il s'occupait d'achever un ouvrage des plus intéressants pour la navigation du Nord, dans lequel il a réuni et discuté toutes les observations astronomiques et les opérations géodésiques faites sur toutes les côtes du Cattégat et de la mer Baltique. Soixante-six cartes marines exécutées par des procédés nouveaux el à l'aide d'instruments de son invention , qui procurent la célérité d'exécution en même temps qu'ils en assurent la justesse , doivent accompagner un vol. in-4° de calculs el de discours. Un deuxième volume doit présenter toutes les instructions nautiques relatives à la navigation de ces mers ; et un troisième contiendra la description, géographique, politique, économique, commerciale et militaire de tous les pays du nord dont les côtes sont baignées par le Cattégat et la mer Baltique; le premier volume est terminé , les matériaux des deux autres sont rassemblés et n'attendent que la main qui doit les mettre en œuvre.

 

 (Et d'une autre plume, de la main de Claret de Fleurieu lui même). 

 

 

 De la maison d'arrêt de la section des Piques, 6 vendémiaire an III de la république française, une et indivisible,

CLARET FLEURIEU.

 

 

 

 

 

[1]  "son élargissement"== > "sa libération"

[2] Le mot « gouvernement » est substitué à l’appellation de « Sa Majesté » ou l’appellation « Louis XVI ». Car il est évident que c’est le Roi personnellement qui a chargé Fleurieu de préparer l’expédition de la Pérouse. Ce pieux mensonge fut écrit par Fleurieu pour cacher son étroite collaboration avec le Roi.

[3] Il est également faux que son ministère a été quitté pour « état de santé », Fleurieu a toujours été en pleine forme, et son ministère fut en réalité une période tumultueuse. Agitée en raison de la mesquinerie de l’assemblée jacobine, qui a payé un membre du ministère  dénommé « Bonjour », pour trahir Fleurieu en lui faisant signer des actes prohibés.

Et tumultueux enfin, en raison de la réclamation de Charles Pierre envers l’assemblée, pour séparer la marine et les colonies en deux portefeuilles différents.

[4] Charles-Pierre a bien été arrêté plusieurs fois, après son internement à la prison des Madelonnettes, il fut donc transféré à la prison des piques.

 


 

Source:

 

"Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc: supprimés ou omis par Courtois De Edme Bonaventure Courtois, Maximilien Robespierre
Publié par Baudouin frères, 1828 pages 379 à 385.

 

 

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