Alphonse CLARET de FLEURIEU juillet 1920
Paul Alphonse CLARET de FLEURIEU dit "Phonse" ou "Quiqui"
Par Germaine de Fleurieu
L'oncle Quiqui habitait 24 avenue Kléber, dans la même maison que nous, mais alors que nous avions un grand appartement au ème étage, pour loger toute la famille, il se contentait d'un petit rez-de-chaussée de célibataire, car il ne s'est jamais marié.
Sa garçonnière se composait de sa chambre, d'un salon et d'une salle à manger donnant sur la cour où s'ouvraient les écuries, où circulaient les cochers, pansant leurs chevaux, les menant boire à l'abreuvoir, astiquant leurs harnais en échangeant des plaisanteries.
Il paraît que j'ai beaucoup ennuyé ce pauvre oncle Quiqui dans ma toute petite enfance.
Ma nounou,une bonne grosse Bretonne, étendait sa petite lessive de telle manière qu'elle lui cachait souvent le va et vient des écuries, qu'il aimait à observer. Il avait une fidèle gouvernante alsacienne Adèle qui avait été au service de ses parents, et le soignait fort bien, lui mijotant de bons petits plats, car il était gourmand et son appétit légendaire.
A MARZAC, il arrivait quant on servait un camembert de voir Alphonse en découper une toute petite portion qu'il laissait sur le plat; faisant glisser dans son assiette tout le reste du fromage.
Bien avant nous, il avait eu une enfance contestataire.
Alphonse! lui disait sa mère à table, ôte ton coude! Alphonse soulevait son coude et le reposait sur la table 5 cm plus loin - ainsi de toutes choses car il aimait ergoter - Plus tard, Papa, son frère aîné, administrait MARZAC dont les terres étaient indivises - aussi avait-il énormément de loisirs.
Un jour, notre vieille cousine des REAUX (descendante directe du Ministre de la Marine de Louis XVI par sa mère Madame de Saint-Ouen) lui fit honte de son inaction.
Voyons, mon garçon, tu n'es par marié, tu ne fais rien! Tu devrais voyager et aller voir un peu pourquoi les Anglais se permettent de débaptiser les terres qui portent le nom de FLEURIEU! Ils ont même appelé la Baie FLEURIEU "Baie des huîtres" en Anglais "Oyster Bay" c'est intolérable.
Et l'oncle Phonse partit, il conservait son appartement et sa vieille domestique, retrouvant toute chose en ordre quand il revenait d'un de ses tours du monde. Il prit goût et cela le fit traiter d'original fieffe par ses amis parisiens mais lui procura beaucoup d'agrément.
Il réussit même dans sa mission auprès de l'amirauté anglaise, et quand, 70 ans plus tard, mon frère Georges de Fleurieu en mission en Australie, eut besoin d'une carte routière, il eut le plaisir d'y retrouver plusieurs fois notre nom.
De ses voyages, notre oncle rapportait 1000 trésors que nous étions admis mon frère et moi, à contempler dès son retour.
Dans un magnifique bureau cylindrique Louis XVI en bois clair orné de bronzes si fins, il y avait des tiroirs entiers remplis de topazes, d'opales, de saphirs de pierres de lune, des malles, dont s'échappaient des odeurs exotiques, sortaient des vêtements de tous les pays du monde: depuis la jupe de raphia et le manteau de sorcier emplumé, jusqu'à la belle robe brodée du mandarin ou le kimono soyeux japonais.
Il y avait aussi les armes: kriss, arcs, flèches et magnifiques sabres de samouraï aux larmes si tranchantes.
Il avait d'ailleurs adopté, pour l'intimité, les kimonos les sandales de paille tressée, et ce que nous appelions les "chaussettes à pouce" en toile blanche.
Tous ses récits nous passionnaient, les maisons dont on comptait la surface en tatamis, les cloisons mobiles, les lits qui devaient être si faciles à faire le matin!
Et puis, les légendes des 40 Rô nin et leur seigneur le code de l'honneur du vieux JAPON, le Bushido je crois et la cérémonie tragique du Hara Kiri... le sourire et l'impassibilité même dans le chagrin et la souffrance la politesse savante et raffinée.
De son dernier séjour au Japon il avait ramené une jeune étudiante qui désirait apprendre le Français sous le chaperonage de la vieille Adèle elle aidait au service et s'initiait aux coutumes occidentales.
Il y avait aussi une danseuse plus âgée, joueuse de Shamizen qui nous donnait, dans les vieux cloîtres de MARZAC des échantillons de son art. Sa danse avait un symbolisme mystérieux, les mouvements de ses pieds devant figurer les racines d'un arbre dont ses mains étaient les branches.
Mais nous admirions infiniment plus deux jeunes Japonais Foujita et Kawamura, que l'oncle Alphonse s'était chargé de parrainer à leurs débuts en France.
Ils ont habité MARZAC un certain temps. Foujita faisait de ravissantes aquarelles et copiait avec moins de bonheur les portraits de famille. Kawamura travaillait les bambous du jardin avec une dextérité étonnante, faisait d'une branche de sapin et de 3 brindilles un bouquet digne d'un Kakemono.
C'était peu avant la guerre de 1914; ils ont aussi logé à REIGNAC un vieux fief de la famille, bâti contre le rocher qui lui servait d'appui avec seulement une façade de pierre.
Puis nous les avons tout à fait perdus de vue jusqu'à ce que Montparnasse ait retenti de la célébrité de Foujita.
Maison forte de Reignac
En 1914 l'oncle de Quiqui était déjà d'un certain âge et d'une corpulence plus que certaine, mais voulait s'occuper des soldats fit avec mon oncle Jean de FLEURIEU partie d'un espèce de service de ravitaillement bénévole, distribuant du bouillon, du café, du thé aux troupes en cantonnement et que nous avions baptisé "Eau chaude aux armées."
Revenons à un voyage dont il avait gardé un inoubliable souvenir c'était le mariage de la Princesse Brinda, fille du Maharajah de Khapurtala qui épousait le Prince de Jubal.
Le Maharajah avait invité le gratin de la société parisienne et le traitait fastueusement dans ses palais, le promenait sur ses éléphants, lui offrait des fêtes splendides et veillait à ce qu'il soient approvisionnés en cigares papier à lettres armorié et autres objets de première nécessité.
Brinda était adorable elle avait terminé son éducation en France et mon mari avait été l'un de ses admirateurs, aux leçons de danse qu'il prenait, avec elle, chez Madame de CHAVAGNAC, lamère d'Alain XAVIER qui a épousé Françoise RIANT fille de ma soeur Simone.
Avec l'âge, l'oncle Alphonse s'était beaucoup attaché à MARZAC. Les partages n'avaient pas été réglés à la mort de mon arrière grand-père parce que tante Blanche, soeur de Robert et d'Alphonse, était mineure puis, lorsqu'elle eut épousé Henri de MONSPEY, parce que celui-ci tomba malade, et que tante blanche elle-même mourut laissant deux filles très jeunes dont mon père fut le tuteur jusqu'à sa mort en 1920 l'oncle Alphonse lui succéda.
Après cela... la guerre et la mort de papa en 1920...
La situation était difficile entre Maman, veuve, et son beau-frère et fut réglée qu'à la mort de l'oncle Alphonse qui laissait à Yolande de MONSPEY, devenue Comtesse Jacques de MILLY, sa part des terres de MARZAC en héritage.
Mais cela n'altéra jamais les relations affectueuses que nous avions avec elle.
Il faisait partie de la société de Géographie, donna de nombreuses conférences, et son tempérament de collectionneur lui avait fait garder tous les menus de ses repas en paquebots tous les tickets de trains et de tramways qu'il avait classé celles que mon père lui avait confiées et qui, malheureusement, ne nous ont pas été rendues à sa mort.
Restées à Marzac, on les retrouva au moment où cette chère demeure fut vendue en 1978.
Elles étaient cependant en la possession de mon frère Pierre de Fleurieu - Après son décès, son beau-fils, Pierre de Margerie les rendit à notre cousin Christian de Fleurieu croyant qu'elles concernaient les Fleurieu. Il nous fit l'amitié de nous les rendre.
Le 24 juin 2020, une vente aux enchères à Lyon a cédé un document prouvant qu'Alphonse de Fleurieu est bien le "diplomate" qui a rendu aux terres australiennes ses noms français, dont la péninsule Fleurieu:
"Grand Hotel Melbourne, le 16 janvier 1912.
J'ai obtenu dans l'État de Victoria le rétablissement des noms suivants :
Cap Montesquieu
Baie Descartes
Cap Duquesne
Cap Réaumur
En Western Australia j'espère obtenir le golfe Joseph Bonaparte (j'arrive de
Perth). En South Australia la société de géographie se réunit cette semaine pour
décider sur les 82 noms français encore sans nom de leurs côtes ou avec de
mauvaises désignations. Combien seront inscrit désormais sur les cartes ?
J'espère qu'ils en approuveront 10 ou 15. Celui de la presqu'île Fleurieu est
déjà approuvé et le ministre m'a dit que son intention était d'ajouter son
approbation à celle de la société. J'ai vu hier le premier ministre du
Commonwealth. Vous savez que Mr Maiden [Joseph Henry Maiden (1859-1925)]
directeur du Jardin botanique à Sydney enverrait volontiers des graines de
plantes d'Australie aux institutions publiques françaises qui lui en feraient la
demande []. On pourrait aussi se faire envoyer d'ici des cygnes noirs et des
kangourous ".
SOMMAIRE → MENU GENEALOGIE→ Alphonse CLARET de FLEURIEU → Henri CLARET de FLEURIEU→ Histoire de Paul Alphonse de Fleurieu |