Histoire de Mathilde de PONS RENEPONT, Marquise de CARBONNIER de MARZAC en 1ères noces
et en secondes noces Madame de NEUBOURG
Par Germaine de FLEURIEU
Dans la famille, je l'ai toujours entendu appeler "Bonne Maman" de NEUBOURG" mais notre arrière grand-mère était née Mathilde de Pons RENEPONT. Il existe d'elle un charmant petit portrait qui la représente en uniforme de pensionnaire de je ne sais quel couvent pour noble demoiselles.
Elle est toute menue toute blonde et claire... A l'autre bout de son existence un grand portrait à l'huile que je revois au mur du salon de MARZAC montre une femme imposante, importante, vêtue d'une robe à manchettes et col de dentelles, garnis de rubans de velours marron de même teinte que sa robe. Quelle a été a vie entre ces deux images? Les souvenirs que j'ai gardés, des histoires racontées jadis, les voici:
En sortant du couvent elle avait été demandée en mariage par un jeune voisin, très épris d'elle: Agouard de NEUBOURG mais ses parents l'avaient mariée au Marquis de ROFFIGNAC MARZAC qui leur semblait un plus beau parti. Je ne sais pas si ce prétendant lui avait plu - mais "les armes des ROFFIGNAC sont au plafond de Versailles" dans la salle des croisés, et la petite Marquise était arrivée en PERIGORD pour habiter le château de MARZAC.
C'était une très vieille demeure, qui avait été en partie détruite pendant la guerre de cent ans, mais il restait le donjon à 5 tours perché dur un roc à pic, au dessus de la Vézère qui l'entourait d'une de ses boucles avant de former la presqu'île devant TURSAC.
Les chemins étaient mauvais, la pente assez rapide et pour atteindre le château ont mis la jeune femme sur un âne dans un des cacolets, l'autre servant à ses bagages pour faire contre-poids. Il paraît qu'en se voyant en si piètre équipage, elle pleura beaucoup.
Habituée à PARIS et ses beaux-frères qui n'étaient pas sots, se mirent en devoir de la distraire. Ce n'étaient pas des rustauds, ayant l'air de la cour, où les Carbonnier étaient Pages de Marie-Antoinette. Il parait qu'ils y réussirent très bien et qu'elle s'habitua vite à son sort.
Une petite fille leur naquit Marguerite de MARZAC, ou plus exactement Marguerite de CARBONNIER de MARZAC, qui devint ma grand-mère paternelle.
Elle perdit son mari très jeune et se consacra à l'éducation de sa fille. Son ancien soupirant s'était bien rappelé à son souvenir, mais elle ne voulut pas se remarier avant que sa fille soit établie, comme on disait alors.
Après le mariage de Marguerite avec le Comte Henri de FLEURIEU, elle consenti à revoir Monsieur de NEUBOURG, mais en lui tenant la dragée haute. Il parait que quelques jours avant ces secondes noces, elle lui avait dit Eh bien, "allez toujours Jeudi à la Mairie, vous verrez bien si j'y suis."
Elle y était, et son nouveau mari très amoureux la gâtait beaucoup.
Quand une parure la tentait elle mettait sous la serviette de son mari un petit billet "j'ai vu une émeraude de chez BOUCHERON". Si rien ne se passait, la semaine suivante nouveau billet "l'émeraude de BOUCHERON me plaît."
Et sans doute elle trouvait un soir, sous sa serviette à elle, le bijou convoité, car elle en avait de très nombreux.
Deux très belles émeraudes en boucles d'oreilles, et une autre rectangulaire, en broche. Cette pierre était de si belle dimension qu'elle l'appelait "mon hectare". Trois diamants de 9 carats 1/2 dont je possède un exemplaire... et bien d'autres dispersés au cours des héritages.
Avec son gendre Henri de FLEURIEU, elle menait une petite guerre amusante. Dès le début elle l'apostrophait "Voyons Henri j'espère que vous n'allez pas m'appeler Maman comme le phoque et lui de répondre "Madame, je m'en garderais bien!"
Il choisissait à table les fruits un peu talés qui avaient besoin d'être consommés vite et Bonne Maman raillait "Henri mange les fruits pourris en attendant que les autres se gâtent."
Sachant si bien obtenir tout ce qu'elle souhaitait, elle n'avait que mépris pour sa fille Marguerite, douce, dévouée et ne réclamant jamais rien pour elle-même.
"Quand je pense qu'elle n'est même pas capable de se faire offrir un cachemire!"
En effet, les goûts assez dispendieux d'Henri étaient mondains, il aimait les beaux chevaux, les grandes demeures et pour ne pas s'ennuyer à MARZAC il s'y entourait d'amis, de musiciens, de poètes mineurs comme le chansonnier des "Deux gendarmes" Gustave NADAUD.
Madame de NEUBOURG faisait avec lui assaut d'esprit et plusieurs chansons ont MA