ALLOCUTION

Prononcée aux Funérailles de

M. le Comte Henri CLARET de FLEURIEU

Le 28 juin 1897

En l'Eglise de Tursac, par M. le Chanoine du Plantier, Curé de la Cathédrale de Périgueux

 

Mes frères,

Voilà bien un spectacle tout pareil à celui dont nous n'avons pas perdu le souvenir, bien qu'il ait déjà douze ans de date.

Toute cette contrée, comme aujourd'hui, était en deuil, dans ce même sanctuaire, parents, amis, nous nous pressions, tous pleins de douleur, près des restes vénérés de la meilleure des épouses et de la plus tendre des mères ravie à la fleur de l'âge.

De toutes nos âmes débordait la tristesse; mais ici, ce jour-là, un coeur fut blessé à mort. La vie pour lui ne fut plus qu'un fardeau. Autant que lui procurassent de tendresse et de soins ses trois chers enfants, ce ne fut plus qu'une existence blessée, courant à grand pas vers la tombe.

Aujourd'hui, c'est fini! Il est là celui qui fut le Comte Henri Claret de Fleurieu, décédé le 23 juin, avec tous les secours de la religion, en son hôtel de Neuilly-sur-Seine, âgé de 69 ans.

Je fus de ceux qui eurent l'honneur de le connaître de la façon la plus intime, et je ne crois pas que dans la vie privée, comme dans la vie publique, un homme ait mieux compris son devoir.

Issu de grande race, unissant aux dons de la fortune ceux d'un esprit fin et cultivé, il eût pu, comme tant d'autres, courir après les plaisirs enivrant du monde.

Tel ne fut pas le penchant de sa noble âme.

Il avait compris que lorsque l'homme fonde un foyer, lorsqu'il se donne une épouse, et que le Ciel lui donne des enfants, là doit être le meilleur de sa vie, le repos de son coeur et ses plus douces joies. Aussi quelle tendresse pour les siens, et par un juste retour, fut-il un époux plus tendrement aimé? Cette impression saisissait l'âme des visiteurs, et l'emplissait d'un délicieux parfum. On s'aimait là d'une affection sincère et profonde.

Il me disait un jour: "Je me plais à Marzac  parce que j'y vis plus avec les miens, là on se retrouve partout, et partout dans le calme et la paix."

Tel pourtant n'était pas cet amour de la famille qu'il devînt exclusif. Oh, loin de là! Et jamais demeure ne fut plus ouverte, plus hospitalière que le château de Marzac. Parents, amis, artistes de renom, grand monde, petit monde, s'y donnaient rendez-vous.

On se sentait bien là. Le riche y venait, et rien n'était au dessous de ses exigences; le pauvre y venait aussi et se retirait comblé de bienfaits.

Aussi peut-on dire, je crois, que le comte de Fleurieu n'eut jamais ni jaloux, ni ennemis, tant il sut faire bénéficier tout le monde de sa fortune et de son rang distingué.

Bon rôle, en vérité, des grands de ce monde que d'apparaître au milieu des peuples comme un rayon de la bonté divine.

Cet honneur vaut bien quelques sacrifices, et l'estime qui en revient est, sans contredit, le meilleur de tous les biens. Tel fut dans sa vie privée le Comte Henri de Fleurieu. Dans sa vie publique il ne fut pas un moins parfait modèle.

Ce n'est pas lui qui profita de son influence pour se dresser un piédestal. Il avait certes dans ce canton et dans cet arrondissement assez d'estime, assez de moyens d'action pour se créer une situation élective. D'une modestie qui n'avait d'égal que son mérite, il ne rechercha jamais rien pour sa personne. Mais autant il fut oublieux de lui-même, autant on le vit plein d'ardeur dans la défense des vrais principes sociaux.

Deux théâtres pour cela lui suffirent. Ses deux chères paroisses de Neuilly et de Tursac.

A Neuilly, fonder des écoles, diriger des comités, défendre en maintes réunions ses convictions les plus ardentes, ici, diriger vos affaires municipales, ou par lui-même, ou par ceux qu'il honorait de sa confiance, fonder des oeuvres. Tel fut son principal souci.

A Neuilly comme à Tursac, donnant le grand exemple de toutes les vertus chrétiennes. Qu'il était beau ici, hommes de cette paroisse, de le voir marcher à votre tête sous cette bannière de ND des Champs que j'aperçois voilée d'un crêpe et qui, plus que jamais, va vous rester chère.

Cet exemple, il a voulu le donner jusqu'au bout. Vous avez su dans quels sentiments de foi il a vu venir la mort, demandant tous les sacrements et les recevant dans les élans de la piété la plus tendre. Et quand son âme a été bien préparée, disant d'un front serein à ses chers enfants: " Je vais rejoindre votre mère; tous un jour nous nous retrouverons au ciel."

Voilà l'homme que nous pleurons. Il fut digne, en vérité, des sanglots que j'entends.

Ah! je le sais, meilleur il fut, plus votre douleur est poignante, vous qui fûtes ses fils, et que j'aime à cette heure plus que jamais à appeler mes enfants.

Mais aussi quel précieux héritage d'estime et d'honneur vous recevez de ses mains!

Soyez d'autres lui-même. Aimez comme lui le peuple qui lui fut si dévoué; que pour les habitants de ce pays les tours du vieux manoir continuent d'être le symbole du dévouement et de la générosité.

Mais ici tout le monde est fixé. Et, en terminant, je veux redire une parole qui, ce matin, à l'heure où je traversais la foule, a frappé mes oreilles, et que relèvera vos courages, habitant de Tursac:

"Pour nous, le père n'est pas mort, disait une voix, il revivra en ses enfants!" Là aussi est mon dernier mot et l'inébranlable de mon âme. Non, le père n'est pas mort, il revivra en ses enfants.

 

 

 

 

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